Un Handistreaming présent, mais parfois trop timide
Quelle est la place du handicap dans la déclaration de politique régionale (ci-après DPR) du gouvernement bruxellois ? Esenca, en tant qu’association de défense des droits des personnes en situation de handicap depuis plus de 100 ans, analyse avec comme point d’attention l’angle du handicap, et ce, en vertu du principe de Handistreaming. Quelle que soit la matière concernée, le handicap doit en constituer une dimension de la déclaration. Nous déplorons cependant qu’il n’y soit pas davantage intégré concrètement et budgétairement.
Plus de Handistreaming
Aujourd’hui, les gouvernements ne peuvent plus penser les politiques publiques sans y intégrer la dimension du handicap, car il touche toutes les sphères et tous les aspects de la vie quotidienne. C’est le principe du Handistreaming. Esenca se réjouit de constater que des mesures sont prises pour les personnes en situation de handicap. Cependant, certaines restent timides, voire parfois inexistantes.
Pointons ici quelques éléments clés.
Emploi : Le Gouvernement bruxellois reconnaît le handicap dans la lutte contre les discriminations à l’embauche. Il affirme également la volonté de renforcer la coordination entre Actiris, les CPAS et les services d’accompagnement. Cependant, nous déplorons qu’il n’y ait aucune mention de la mise en place d’aménagements raisonnables, pourtant consacrés par la loi anti-discrimination du 10 mai 2007 et par les engagements internationaux de la Belgique, notamment la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées.
Santé et action sociale : La DPR mentionne des orientations qui vont dans le sens d’une meilleure accessibilité géographique, financière et sociale des soins. Malheureusement, elles restent générales et sans mention concernant les soins de premières lignes, de formation du personnel aux spécificités des handicaps au sens large, incluant notamment les situations liées à des maladies rares ou chroniques, ni de dispositifs adaptés aux besoins différenciés des publics concernés. Nous constatons également l’absence de mesure concrète concernant le soutien aux aidants proches.
Mobilité : Nous voulons saluer la prise de conscience — bien que très timide — du fait que les politiques de mobilité ne sont pas neutres et impactent de manière distincte le grand public. En effet, il est précisé qu’il faut des exceptions pour les zones LEZ et que le stationnement réponde davantage aux besoins des personnes en situation de handicap. Nous déplorons l’absence d’engagement concret sur l’accessibilité des transports publics — dont le transport scolaire — aux personnes en situation de handicap.
Cohésion sociale et violences faites aux femmes : Nous retenons positivement la reconnaissance du rôle clé du secteur associatif non marchand comme pilier de la cohésion sociale. Nous pointons aussi la volonté de lutter contre la pauvreté et l’isolement social, ainsi que le projet de travailler sur la fracture numérique, touchant particulièrement toute une série de personnes en situation de handicap. En revanche, Il n’est fait aucune mention de l’inclusion concernant les activités et infrastructures de loisirs ou sportifs. Nous avons également constaté qu’aucun plan d’action spécifique concernant la prise en charge des violences faites aux femmes en situation de handicap n’est envisagé.
Logement : Esenca constate que le Gouvernement bruxellois souhaite prioriser la lutte contre le mal-logement et pérenniser le secteur du logement social. Il reconnaît aussi le besoin d’accessibilité en la matière. Mais ces affirmations restent bien trop abstraites. Nous pointons un manque de concrétisation de l’accessibilité des logements, car aucune norme d’accessibilité n’est mentionnée. Nous rappelons ici l’importance de faire appel à des services-conseils en accessibilité agréés par la plateforme Access-i[1].
Certes, le contexte budgétaire implique une dynamique d’économie. Cependant, Esenca demande que ces économies ne se fassent en aucun cas au détriment des personnes en situation de handicap. De plus, la réalisation concrète de ce plan doit se faire en concertation avec le secteur du handicap, tout en respectant les enjeux liés au principe de Standstill (qui s’oppose à ce que les autorités légifèrent en réduisant le niveau de protection de droits déjà acquis, sauf si des motifs impérieux d’intérêt général le justifient).
Il est essentiel d’intégrer le handicap de manière transversale dans les politiques publiques bruxelloises. À défaut, l’accès effectif aux droits fondamentaux des personnes en situation de handicap demeure compromis, et en contradiction avec l’objectif de société inclusive consacré par l’article 22ter de la Constitution. Sans Handistreaming, pas d’inclusion possible. Le handicap touche toutes les étapes d’une trajectoire de vie, influence chaque élément du quotidien, raison pour laquelle il doit être envisagé de manière transversale. Nous n’insisterons jamais assez sur le fait que la prise en compte du handicap dans chacune des politiques publiques — avec des moyens clairement définis et des objectifs concrets — favorise l’efficience et la bonne gestion des décisions politiques.
Par ailleurs, la concertation continue avec les associations, les collectifs, les services-conseils et encore les Conseils Consultatifs est indispensable. Elle garantit aux politiques publiques d’être au plus près des besoins rencontrés sur le terrain. Esenca y contribue notamment au travers de ses mandats sur la Région bruxelloise. Il en va de la réelle inclusion des personnes en situation de handicap dans notre société.
Pour une analyse plus fine de la déclaration politique, Esenca a rédigé une analyse plus complète et disponible sur notre site : www.esenca.be
Contact presse : Manon Cools 0473 53 05 57 — manon.cools@solidaris.be — www.esenca.be
Contact center : Du lundi au vendredi de 8 h à 12 h – 02 515 19 19 — esenca.contactcenter@solidaris.be
[1] Vous trouverez la liste des services agréés : https://access-i.be/a-propos/les-bureaux-dexpertise-en-accessibilite/

