Odette Todo |  22 janvier 2026

Un véritable drame social

Depuis plusieurs mois, le secteur associatif vous alerte à propos des publics concernés par la réforme du chômage entrée progressivement en vigueur depuis juillet 2025. En effet, la réforme du chômage compte des impensés dans le cadre de situations de vie spécifiques. Aux côtés des associations, des conseils d’avis comme le Conseil National Supérieur des Personnes Handicapées (CSNPH) pointaient déjà en 2025 la nécessité de porter une vigilance particulière pour les aidantes et aidants proches dans ce cadre.  

La mission d’Esenca est de défendre et accompagner les personnes en situation de handicap ainsi que les proches, tant à Bruxelles qu’en Région wallonne, indépendamment de leur âge, leur appartenance philosophique. Nous travaillons à mettre en lumière les inégalités structurelles qu’elles subissent. Aujourd’hui, nous déplorons que les aidantes et aidants proches soient les victimes collatérales d’une réforme pensée et appliquée sans prise en compte de leur réalité de vie, de leur investissement aux côtés de leur proche et du contexte sociétal défaillant qui les poussent à devoir prendre en charge une ou un proche par défaut.

Et cette omission n’est pas anodine, car ce sont des aidants, souvent des femmes, qui exercent un rôle d’aide informelle souvent non choisi par manque de réponse structurelle et adaptée. À ce rôle, marqué par l’isolement social, la pénibilité et la précarité financière, s’ajoute une non-reconnaissance de leur statut par le politique, créant un vide énorme qui plonge des milliers d’aidantes et d’aidants dans une situation injuste face à l’exclusion du chômage. Ces personnes ne peuvent objectivement pas occuper un emploi, ou parfois seulement à temps partiel pour concilier leur rôle effectif de jour comme de nuit et leur emploi. Les exclure du chômage, c’est balayer la reconnaissance du réel travail quotidien qu’ils réalisent ; s’occuper d’un proche, très souvent en situation de handicap et/ou en perte d’autonomie.

Cette réforme a été pensée dans une dynamique d’activation de la population, dont les aidantes et aidants proches, sans reconnaitre l’aidance comme étant une contrainte structurelle à l’exercice d’un emploi. Sanctionner aujourd’hui les aidantes et aidants proches qui pallient quotidiennement les manquements de notre système d’accompagnement des personnes en situation de handicap revient à doublement les pénaliser !

Nous attirons votre attention sur le fait qu’il s’agit d’une analyse étudiant un point d’actualité qui évolue très vite, notamment suite à la large mobilisation en cours vers les politiques, tout en faisant un travail d’exploration plus large sur le statut des aidants proches et les dysfonctionnements de la réforme d’exclusion du chômage. Certaines données et recommandations doivent être placées dans leur période de rédaction : janvier 2026. Des évolutions ultérieures, que nous espérons positives, seront certainement à venir.