Dans notre édition précédente, nous expliquions en détail la réforme du chômage. Ses premiers effets se font sentir de manière indéniable auprès de publics spécifiques dont les réalités ont été totalement ignorées. Alors que depuis plusieurs mois maintenant, le secteur associatif et les conseils d’avis comme le Conseil National Supérieur des Personnes Handicapées (CSNPH) pointent la nécessité de porter une vigilance particulière aux aidantes et aidants proches. Esenca les soutient et interpelle les ministres concernés.
Les aidants : les victimes collatérales
Aujourd’hui, les aidantes et aidants proches sont les victimes collatérales d’une réforme pensée et appliquée sans prise en compte de leur réalité de vie, de leur investissement aux côtés de leur proche et du contexte sociétal défaillant qui les poussent à devoir prendre en charge une ou un proche par défaut.
Souvent, ces personnes ne peuvent objectivement pas occuper un emploi, ou parfois seulement à temps partiel pour concilier leur rôle effectif de jour comme de nuit et leur emploi. Les exclure du chômage, c’est balayer la reconnaissance du réel travail quotidien qu’ils réalisent ; s’occuper d’un proche, très souvent en situation de handicap et/ou en perte d’autonomie.
Une réforme précipitée
Cette réforme du chômage a été pensée dans une dynamique d’activation de la population, dont les aidantes et aidants proches, sans reconnaître l’aidance comme étant une contrainte structurelle à l’exercice d’un emploi. Les sanctionner aujourd’hui — elles et eux qui pallient quotidiennement les manquements de notre système d’accompagnement des personnes en situation de handicap — revient à doublement les pénaliser !
Cette réforme a clairement oublié les réalités des personnes en situation de handicap et des aidants proches. Comment « être disponible pour l’emploi » lorsque le quotidien est rythmé par une présence et une surveillance, des soins, urgences et rendez-vous indispensables à la santé et la vie du proche aidé ? Telle est la question !
Soutenir les aidantes et aidants proches
Cette situation est inacceptable. C’est pourquoi en début de cette année, une pétition voit le jour. Elle rassemble près de 100 associations tous secteurs confondus, tant cette situation touche de près ou de loin une grande partie de la population ! Sont également signataires des familles et de manière plus générale la population, exigeant une suspension d’urgence de l’exclusion du chômage pour les aidantes et aidants proches. Au total, à ce jour, elle a récolté près de 20 000 signatures (détails en fin d’article).
Les prises de position de la Ligue des familles, d’Aidants Proches, de SUSA, et d’Inclusion ASBL, à l’origine de la pétition, dressent toutes le même constat : sans mesure immédiate, la réforme entraînera des situations humaines très graves qui pourraient pourtant être évitées. Des familles perdent leur revenu.
Ce qu’Esenca demande
En concertation approfondie avec l’ensemble du secteur, les associations, les organes consultatifs en matière de handicap, les expertes et experts, il est temps d’améliorer le statut d’aidantes et d’aidants proches, en répondant à leurs besoins, quels que soient leur situation, leur profil ou de l’aide apportée à leur proche.
En ne tenant pas compte des besoins des personnes en situation de handicap et de leurs aidantes et aidants, la réforme du chômage va clairement à l’encontre du respect des personnes qui au quotidien pallient et s’épuisent pour combler les défaillances de notre système. Cela génère des inégalités que nous essayons de réduire en tant qu’association militant pour les droits des personnes en situation de handicap.
Enfin, rappelons que l’immense majorité des aidantes et aidants proches ne le font pas par choix (ce qu’il conviendrait de soutenir !), mais par défaut.
Une urgence aiguë, mais les réponses inquiètent
Il faut donc au plus vite une réelle protection sociale émanant du fédéral pour les aidants proches. Mais l’urgence actuelle est autre : des centaines, des milliers d’aidants proches sont en train de se faire exclure. Et ce qui est enfin sur la table du gouvernement fédéral, suite au travail intensif des associations, pour les préserver d’une chute de revenus ne nous rassure à ce stade absolument pas.
La solution temporaire existe
D’ici la création d’un statut solide, Solidaris demande d’arrêter l’improvisation et le bricolage pour lever définitivement l’inquiétude des aidants.
Une reconnaissance officielle des aidants proches peut être demandée auprès de la mutuelle. Les mutualités vérifient concrètement à la fois le niveau de dépendance et le besoin de soins de la personne aidée, ainsi que l’implication réelle de l’aidant. Les mêmes critères doivent s’appliquer à tous les aidants proches, qu’ils aient un contrat de travail ou qu’ils perçoivent des allocations de chômage.
Esenca et Solidaris proposent d’assurer le maintien des revenus des aidants proches dès le dépôt d’une demande de reconnaissance à la mutuelle.
Si le gouvernement nous en donne les moyens, Esenca et Solidaris proposent au gouvernement de pouvoir transmettre à l’ONEm, moyennant accord des aidants proches, la demande de reconnaissance dès qu’elle serait réceptionnée. Cela permettrait d’éviter toute exclusion du chômage pendant le traitement de la demande de reconnaissance par l’ONEm.
Nous attendons et suivrons de près les positionnements et propositions politiques dans les semaines et les mois à venir. L’actualité sur ce dossier est mouvante. N’hésitez pas à vous inscrire à notre newsletter pour rester au courant.
Encart Pour lire davantage sur le sujet
Avis d’initiative n° 2025/20 du Conseil Supérieur National des Personnes Handicapées (CSNPH) et de la Plateforme des conseils consultatifs des personnes en situation de handicap relatif à l’impact des réformes fédérales en matière d’emploi sur les personnes en situation de handicap : https://ph.belgium.be/fr/avis/avis-2025-20.html